L’Agnone est une histoire torturée, pessimiste et noire qui laisse libre cours à l’imagination fantasque de Buzzelli et qui lui donne les moyens d’user et d’abuser de son talent de dessinateur. Tout est noir même le trait, précis et efficace, totalement réaliste, très significatif du malaise qu’il décrit. Le monde est pervers, c’est gentil ou méchant, blanc ou noir, c’est assassin ou victime. Bref, c’est un ouvrage de grande qualité pour un auteur injustement méconnu. N’attendez pas d’humour, il n’y en a pas vraiment, pourtant l’album est assez burlesque et le ton plutôt dérisoire ! Mais c’est le tableau du monde qui l’est finalement plus que l’œuvre. La sensibilité de cet auteur italien lui permet de caricaturer à l’excès les défauts de nos contemporains sous couvert d’un transfert de sa personne sur l’auteur dramatique. C’est bien joué dans tous les sens du terme et le résultat graphique est à la hauteur du propos ! PMJ vient de rééditer l’ouvrage. Ca donne une nouvelle maquette de couv et un encrage réussi. La qualité de l’impression est très bonne et cet album est encore plus lisible que l’EO sachant que le dessin de Buzzelli est très hachuré et rempli ce qui peut diminuer le rendu du n&b. N’hésitez pas à lire et relire Buzzelli, vous découvrirez une intimité surprenante, beaucoup d’anachronisme aussi ce qui ne peut pas laisser indifférent.
|