Gaïl est un album composite, écrit avant et après
La Nuit. Les huit premières pages datent de 1974 et le reste de 1978. Cependant comme les matériau du même nom, le fait que l'album soit composite semble le rendre plus fort encore.
La première partie est constituée de planches extrêmement contrastées, sans dialogue, hantées par ces personnages mystérieux lourdement armurés et ces architectures baroques aux couleurs vives. Un souvenir du Druillet esthète ?
Puis vient la partie écrite à la suite de
La Nuit. Encore une fois, un déferlement de violence, mais cette fois-ci raisonné : il s'agit d'une quête pour la liberté, une lutte contre la mort, l'obscurantisme et l'enfermement.
Et on assiste à la métamorphose de Lone Sloane, au départ ombre de lui même, puis soudain rebelle, indestructible, poussé par ce souffle épique qui fait de lui ce héros si particulier.
Puis au bout d'une quête initiatique (ou plutôt une course poursuite), Lone Sloane plus que jamais avatar mégalomaniaque de Druillet, va combattre la mort dans une fuite en avant qui conduit à la destruction ou à une vie qui intègre les souffrances passées, contre l'oubli, contre la mort.
Druillet s'en explique en introduction : "Que les ténèbres ne soient plus que le clair obscur qui met en valeur la beauté des choses, ainsi que le bien le plus précieux : LA VIE ! un combat à mener par tous."
Gail est donc la victoire sur la ténèbre de
La Nuit, un hymne très codifié à l'espoir et à la lutte. Le contexte historique s'y prête d'ailleurs, et là encore l'introduction de Druillet nous aide à décrypter son message, ou plutôt ses messages car une tendance lourde du bonhomme est de faire croire au public qu'il fait passer un message esthétique ou politique (comme pour Nosferatu) alors que ce sont ses propres tripes qu'il expose...
Pour finir, si vous voulez plonger dans Druillet autrement que dans les longueurs de
Salammbô, jetez-vous sur Gaïl, composite, complexe et passionnant.