L'ouvrage débute sur un texte expliquant la genèse de ce projet fou, pour beaucoup d'ailleurs sacrilège : adapter un classique de la littérature en BD, en prenant de grandes libertés sur l'intrigue. Ainsi Salammbô n'appartient plus à la Carthage terrestre, mais à une carthage de space opéra, peuplée de créatures baroques aux armures futuristes. Le simple fait de concevoir un tel projet pique nécessairement la curiosité : comment peut-on avoir une telle audace (ou une telle folie) ? Druillet s'en explique, et comme à son habitude balaye toutes les critiques d'un habile revers de main. Le respect de la littérature ne le soucie pas plus que ceux qui seraient tentés de lui expliquer que "ça ne marchera jamais". Ce courage, cette insouciance et cette confiance trempent le récit dans une détermination qui lui confère un souffle épique étonnant.
Celui-ci démarre sur une longue mais nécessaire introduction : non seulement Druillet veut adapter Salammbô, mais encore veut-il que le héros, Matho, soit incarné par son propre personnage récurent : Lone Sloane. Il est à ce titre étonnant de voir à quel point la fusion s'opère !
Les dessins de Druillet, dans son style inimitable, sont fourmillants de détails qui font que chaque planche se savoure. Le lettrage et le choix des textes de Flaubert incorporés, parfois sur une page entière, renforcent la majestuosité de l'ensemble.
Autre intérêt, Druillet livre les "musiques utilisées pour la réalisation des albums" : Wagner, Verdi, Puccini, Strauss, Jim Morrison. Une énumération qui ressemble à un dialogue de Druillet...
Au global, ce premier tome sert à rentrer dans le concept, à faire la passerelle entre les univers de Druillet et de Flaubert, à présenter les personnages et la tonalité de l'ensemble : le moins que l'on puisse dire est que cela pique la curiosité, et donne envie de se précipiter sur la suite.
Enfin, cet album constitue une introduction accessible aux mondes de Druillet, et à ce titre peut représenter un test, car à mon avis si vous n'aimez pas Salammbô, il y a peu de chance qu'un autre Druillet ne vous accroche... Faites l'essai !
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