Dufaux, tout en en s’appuyant sur une vérité historique, la troisième croisade, ancre de plus en plus son récit dans le mythe et la magie. Son talent prend toute sa mesure dans ce deuxième opus, grande fresque dans laquelle se mêlent base historique et légende, sortilèges et réalité, mystère des contes orientaux et froideur de la guerre.
Un scénario très habilement construit, où nous suivons sur trois plans géographiquement différents Gauthier d’une part, Elenore et le Duc de Tarente d’une autre part, et enfin Syria. Le tout dans un récit fluide où à aucun moment le souffle ne retombe, une fluidité ponctuée de scènes spectaculaires comme ce défilé de flagellants surprenant le lecteur.
Le développement des caractères des personnages déjà connus, l’évolution de leurs sentiments ou de leurs machiavéliques entreprises, l’introduction de nouveaux personnages, tout concours à captiver le lecteur.
Chacun pourra au-delà de l’intérêt romanesque du récit, chercher une vérité, s’interroger sur les valeurs religieuses ou philosophiques des croisades et du Jihad, dans la mesure où parfois l’esprit chevaleresque n’est pas obligatoirement là où il est pour nous coutume de l’attendre, car le Qua’dj, personnage à part entière, est omni présent, s’emparant des cœurs et des âmes, travaillant dans l’ombre à corrompre, à dénaturer et à tromper sans distinction de camp.
La découpe des cases de cette fresque, apporte la respiration nécessaire à une ambiance qui pourrait être lourde et oppressante, mais l’art de Xavier est de nous offrir du grand spectacle, un peu comme si Cecil B. DeMille et Peter Jackson s’étaient partagés la caméra. Les mises en abîme, l’alternance de plans larges et de plans rapprochés rythment l’histoire.
Le dessin de Xavier est magnifique, sublimé par les couleurs de Chagnaud, il donne toute sa dimension au récit.
Le trait fin, la précision des expressions, le souci du détail, l’éclatante et inquiétante beauté du désert, tout concourt à faire de cet album une réussite dont on attend d’ores et déjà la suite avec impatience.
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