4 ans après le premier tome revoilà le génial duo Pirus et Mezzo qui nous livre là un remarquable second opus. Ce Roi des mouches est décidemment une "série" très destabilisante, tant les personnages semblent complètement détachés de la réalité, dans une sorte de ronde minimaliste ou ils dépeignent le monde dans lequel ils vivent avec une certaine dureté desillusionnée, car, avant tout, rien ne semble vouloir les sauver, tout semble perdu d'avance. La narration imposée par Pirus est lente et sèche, on entre dans les pensées du narrateur (un personnage par petits chapitres de 5/6 pages) qui, sans cesse, fait pogresser l'histoire d'une multitude de points de vue différents, à grand renfort d'ellipse très ambitieuses parfois ! ce qui donne un ensemble à la fois très exigent et très riche aussi. cette approche "mosaïque" est surtout une façon de ne pas complètement figer le récit car, certes, les personnages et le ton général est assez inexpressif mais toute la richesse de ce projet tient justement sur la disparité entre tous ces caractères, entre tout ces regards qui se croisent, se complètent et crééent une atmosphère très envoutante.
Pirus est en très grande forme, son style est, comme je l'ai déjà dit plus haut, sec et sans concession, et même si en effet il aborde son scénario par le biais d'une série de longs monologues intérieurs il ne s'empettre pas dans du pathos gratuit et larmoyant, ici tous jettent un regard presque blasé sur ce qui les entoure, une sorte de nonchalance très tendance enveloppe ces perso assez poseur dans leur genre. Personnellement je trouve le résultat très envoutant, il se dégage de ces planches comme une sorte de décalage qu'on retrouve chez des créateurs comme Lynch ou Burns. Nous retrouvons nos voisins, mais des voisins déformés et pervertis par les tricheries de la vie, les désillusions qu'elle nous réserve, on trahit, on aime, on se cache la face, rien n'est vraiment rigolo, surtout pas les pathétiques blagues de Ramos et même le quartier le plus rasant peut cacher une certaine magnificence.
On retrouve le style très sobre de Mezzo aussi, un style tout en contraste, tout en équilibre, avec des cases construites avec une précision d'orfèvre, très pensées, et c'est là qu'il est fort car, alors que ses perso sont relativement inexpressifs, il réussit à transcender un scénario pourtant ultra précis lui aussi. On sent vraiment une osmose entre ces deux amis créateurs, le mariage parfait entre les mots et le dessin.
La très bonne surprise de cette fin d'année ! D'autant qu'il semblerait qu'il y aura encore une suite, que demander de plus à ce stade !
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