Partie de chasse est un huis-clos politique, un polar pré glastnotz, une construction scénaristique autour d'un seul événement : la partie de chasse à l'ours finale. On y retrouve beaucoup des ingrédients des "phalanges de l'ordre noir", mais là où ce dernier album s'intéresse aux révolutionnaires de l'Europe occidentale, "Partie de chasse" est une plongée dans le monde des dignitaires du régime de l'est. "Les phalanges" nous promène sur plusieurs années au travers de l'Europe, "Partie de chasse" respecte la règle des trois unités (lieu : un manoir, temps : deux jours, actions : une partie de chasse). Mais dans les deux cas, la même nostalgie, les même regrets, les mêmes interrogations sur les moyens, la justesse de la cause, les erreurs passées, les tentations de la vie occidentale.
Le scénario est extrêmement documenté, en témoigne le carnet final ("Bilal et Christin ont éprouvé le besoin, après l'éclatement du bloc soviétique, de retrouver ainsi la trace de certains de leurs personnages survivants d'un monde finissant" nous apprend le quatrième de couverture). Cependant les plus jeunes d'entre nous, ou ceux qui ne sont pas familiarisés avec l'histoire contemporaine, risquent d'être un peu noyés. Il est en effet utile de posséder quelques connaissances sur la construction et les déchirements du bloc soviétique pour apprécier au mieux cet ouvrage. Cependant c'est un moyen rêvé, alors que l'on "célèbre" le cinquantenaire de la mort de Staline, de se replonger dans la période.
Quelle que soit sa complexité, "Partie de chasse" repose sur un scénario haletant, des personnages taillés dans le marbre du caucase, un suspens et un rythme dignes des meilleurs livres noirs, et surtout un graphisme incroyable. L'omniprésence du sang, noyant les souvenirs, inondant les paysages, jaillissant puissamment de chaque recoin, accompagnant le trait incomparable de Bilal, donne à cet ouvrage une force symbolique certaine. A ranger, en compagnie de pas mal de Bilal, et bien sûr des "phalanges", au rayon des grands classiques.
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