Le fleuve Shinano, roman et film par ailleurs inachevés, voit grâce au travail de Kazuo Kamimura et Hideo Okazaki un dénouement dans sa version
manga dont cet album est le dernier de la trilogie.
Après avoir mieux cerné le personnage de son héroïne principale dans le volume précédent, on la retrouve dans cette hyper-sensualité qui oriente sa vie mais à un âge, celui de la maternité, dont on pressent qu’il peut la changer.
Deux hommes de plus connaîtront l’amour avec elle, elle qui déjà en a fait chavirer plusieurs et s’est faite violée à plusieurs reprises. Et de ces deux nouveaux amants elle fera les pères de ses enfants, cependant sans déroger à la règle et en semant malgré tout d’une manière ou d’une autre le malheur dans leur vie comme cela a été le schéma à chacune de ses conquêtes...
Ainsi la boucle se boucle. Car au bilan de cette vie dont elle a fini par ne plus avoir honte, elle s’interroge sur l’hérédité de ce comportement qui aura été le sien ; persuadée que ses enfants porteront le flambeau de cette sensualité débordante et fatale.
La boucle se boucle également géographiquement puisqu’on la suivra dans une sorte de pèlerinage sur les rives du fleuve Shinano, point de départ de sa vie. Et puisqu’elle y retrouvera son premier amour dans des conditions qui confirmeront que Yukié est quelque part vénéneuse, ou maudite...
Avec un dessin très sensuel dont le trait gras ferait presque parfois penser au style franco-belge de l’école classique, avec ses contrastes nombreux et importants pour la traduction des nombreux sentiments vécus, avec enfin cette aisance qu’a le dessinateur pour maîtriser des transitions graphiques que le cinéma ne bouderait pas,
Le fleuve Shinano voit cette biographie de Yukié se terminer tout en continuant de couler, long fleuve glacial, murmurant à qui veut l’entendre que la vie est un cycle sans cesse renouvelé et que l’amour peut être tout : beau, volé, honteux, violent, doux... Tout, sauf jugé.