Les mésaventures de Yann le Scorff touchent à leurs fins en ce neuvième épisode. Enfin, les questions qu'ont soulevé les 7ème et 8ème tomes trouvent leurs terribles réponses. L'identité du borgne qui a précipité le pauvre corsaire manchot dans une nouvelle déchéance est enfin révélée. De plus, la motivation d'un tel complot vis-à-vis de celui-ci est explicitée et donnera lieu à une surprise de taille qu'il m'est interdit de divulguer.
On conviendra que cet ultime album relance l'aventure qui s'était, à mon goût, quelque peu étiolée dans le précédent opus. En effet, les rebondissements se suivent à un rythme soutenu et font mouche, selon l'intensité du message, à chaque fois. A ce titre, Jean-Yves Mitton se lâche dans une verve peu commune. Les dialogues sont pléthores et la voix off qui accompagne les premières planches est très fournie. Utilisant un mode opératoire qui est caractéristique à cette série et qui est peu enclin à la politesse et à la considération, le scénariste nous immerge dans une ambiance étouffante de fonds de cale.
Yann le Scorff qui a, à nouveau rendez-vous avec l'Histoire, se pose, en cet épisode, en censeur du despotisme et en grand défenseur du concept de liberté, égalité et fraternité. Les tirades sont généreusement ampoulées et donne à ses déclarations un côté solennel.
On pourra saluer la prestation graphique de Félix Molinari qui, en ce volume, atteint des sommets quant à la réalisation de dessins très appréciables. Les visions nocturnes sur mer sont d'une grande beauté et permettent d'apprécier la précision de son trait quant à la réalisation des décors marins et des bateaux qui y évoluent toutes voiles gonflées.
"Dernier naufrage" signe la fin d'un deuxième cycle (constitué de 3 albums) d'une série que je recommande tout particulièrement aux adeptes d'histoires de corsaires. Un excellent divertissement pour ceux qui ne rechignent pas sur les ambiances "entières" du 19ème siècle.