Un été d'enfer !

 
Lors des soirées pyjama qu’elle fait, Vera le sent bien : au milieu de ses copines américaines, elle donne encore l’impression d’être la petite Russe qui vient tout juste de débarquer au pays de l’Oncle Sam ! Elles sont là, à faire les belles avec leurs super poupées, quand Vera n’en a elle qu’une toute modeste… Et ça la mine. Elles sont là aussi, à raconter les super vacances qu’elles font, quand Vera et son frère passent l’été à la maison…

Alors quand elle apprend qu’un camp de vacances existe dans lequel ne s’inscrivent que des enfants d’origine russe, Vera fait des pieds et des mains jusqu’à persuader sa mère de l’y envoyer ! Et c’est ainsi que la jeune fille va partir en camp scout. Mais petite parmi les grandes, et peu préparée aux conditions de vie en communauté, Vera va déchanter et trouver le temps terriblement long…
 

Par sylvestre, le 19 avril 2019

Notre avis sur Un été d’enfer !

 
Dans Un été d’enfer !, Vera Brosgol compile souvenirs personnels et témoignages de proches pour les synthétiser et nous faire revivre son expérience des colonies de vacances. Son avatar, qui ne rêvait que de ça pour ressembler un peu plus à ses copines et mieux s’intégrer, va donc expérimenter sous nos yeux ce "grand écart" qui peut exister entre une situation idéalisée et une situation réelle. Fini le cocon familial : Vera a 9 ans mais elle se retrouve sous la tente avec deux filles de 14 ans qui viennent depuis plusieurs années dans ce camp ; avec les rapports de force que cela peut engendrer. Fini le confort, aussi : il y a des services à rendre : vaisselle, nettoyage… Quant aux "Hollywood", dans une cabane en bois, ils n’ont rien à voir avec les toilettes propres de la maison familiale ! Fini les caprices, enfin : il y a des règles et des horaires à respecter !

Ce changement de rythme qu’imposent les camps de vacances, on le sait, est une expérience qui sera hyper bénéfique pour certains mais pourra être traumatisante pour d’autres (à plus forte raison de nos jours où les jeunes sont branchés 24 heures sur 24 à leurs p****n de smartphones !) Or, si Vera a vécu plein d’occasions de garder de cet été-là un souvenir mémorable et de relativiser certaines épreuves pour n’en retenir que le meilleur, il semblerait qu’elle ait choisi de militer contre les colonies de vacances. C’est normal qu’elle n’édulcore pas tout et qu’elle nous raconte des mauvais souvenirs, c’est "rigolo" aussi qu’elle ait retrouvé ces lettres qu’elle nous montre aux allures de SOS désespérés que son frère et elle envoyaient à leur mère, mais si quelques passages sont plus porteurs de joie que d’autres, la conclusion est quand même à la décision prise de ne plus jamais retourner en colo.

Dans sa postface, l’autrice insiste, en plus ! Et c’est vraiment bizarre que, devenue adulte, elle n’ait pas mis un peu plus d’eau dans son vin, qu’elle ne voie pas les choses autrement que quand elle était gamine. Et ça sonne comme un problème d’enfant gâtée, d’enfant qui ne sait pas bousculer un peu ses habitudes et sortir de sa zone de confort, d’enfant qui ne sait pas mettre provisoirement de côté ses habitudes quotidiennes, qu’on n’a pas préparé au vivre ensemble… Oh, les pauvres choux ! Surtout, cocoonons-les bien, ne les laissons pas se frotter à la vraie vie. Et le problème, c’est que parce qu’elle n’a pas aimé, Vera Brosgol va (on peut l’imaginer) priver ses enfants de cette expérience !? Alors c’est ça, ce qu’on veut ? Une société où les gens restent entre eux et ne s’ouvrent pas aux autres ?

Quel dommage. Car sinon, côté graphisme, cette BD est nickel ! Mais bon… Y’a ce point de vue qu’a voulu nous transmettre l’autrice. On adhère ou pas, mais il faut le respecter.

Une fin de récit avec une note positive et ensoleillée aurait transformé les moments difficiles de Vera en colo en obstacles vaincus, en victoires. Au lieu de ça, la conclusion en mode "repli sur soi-même, ne réessayons surtout pas !" a posé une chape de déception sur ma lecture de Un été d’enfer !. Avez-vous déjà connu ça, vous aussi ? Un temps de lecture, sourire aux lèvres, avec plein d’espoir quant à l’enthousiasme attendu lors de la conclusion, mais avec, au lieu de ça, une fin et un propos qui vous laissent complètement déçu ? Aïe ! Mais à qui donc s’adresse cette BD ? A ceux qui sont contre les colonies de vacances ? Mais eh ! S’ils sont contre, ils ne vont pas aller acheter un livre sur le sujet !

Les colos, ça fait grandir. Continuez d’y envoyer vos gamins !
 

Par Sylvestre, le 19 avril 2019

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