Saudade

 
Nostalgie, spleen, coups de blues, pincements au cœur, regrets, doutes… Le temps passe et la vie met face à différentes épreuves. Avec l’âge, les sentiments sourdent différemment : on voit et on vit les choses autrement, avec plus de maturité ou plus de fatalité. Il y a ces coups du sort qui font tout basculer, ces peines de cœurs qu’on croyait ne plus devoir vivre, ou ces regrets de n’avoir finalement pas mené sa barque comme on l’aurait voulu… Mais on n’a qu’une vie, et ce qui est vécu s’éloigne, inéluctablement, jour après jour. Si on fait tout pour que la vie soit la plus agréable possible, le destin nous impose parfois des situations qui nous rappellent combien on est fragiles.
 

Par sylvestre, le 31 mai 2016

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Notre avis sur Saudade

 
"Saudade est un mot portugais qui exprime une mélancolie empreinte de nostalgie" (Extrait du texte de la quatrième de couverture)

Dans cette bande dessinée, quinze récits déclinent ce mot en nous présentant autant de personnages, autant de destins qu’une fatale seconde ou qu’une vie entière a fait basculer provisoirement ou durablement sous le sceau de cet état d’esprit. On l’appellera tantôt la déprime, tantôt la rage, ou encore : spleen, regrets, et tous ces sentiments qui riment avec mal de vivre et démotivation ; sans pour autant que tout espoir soit complètement écarté.

En noir et blanc, l’auteur Fortu a composé ses histoires courtes à l’aide de dessins d’un format toujours égal ; et sans bulles, mais avec un texte en dessous. A la lecture de la première histoire (Adieu), on ne sait pas encore si on est parti pour un récit qui durera tout au long du livre. On comprend vite que non. On n’est pas non plus tout à fait sûr d’entrée de l’ordre dans lequel il faut lire les quatre vignettes que présente chaque double page. Ces pertes de repères font écho au "déboussolement" du héros du premier récit, à son inconsolable tristesse, à ses vertiges, à ses troubles… Et ça y est, on y est : on est paré pour entendre les témoignages qui suivent, pour partager les réflexions et les constats qui sont faits ensuite… Pour s’identifier ou pas dans ces drames ou ces malaises qui peuvent arriver à tout le monde.

L’exercice est difficile mais la "caméra" de Fortu pointe vers ses personnages ou sur le monde dans lequel ils évoluent de manière très humaniste ; avec parfois des portraits de gens qui, pourtant bien vivants, prennent la pose comme s’ils étaient déjà rangés dans un vieil album de photos de famille ; avec toute cette notion de "carpe diem" qui se dégage, avec toute cette notion de temps qu’on ne pourra pas rembobiner…

La sensibilité est à fleur de peau dans chacun des récits et le noir et blanc (parfois très aéré, parfois très fourni, d’après photos) insuffle toujours un petit zeste de tristesse en plus, de nostalgie, de questions sans réponses (et si j’avais vécu autrement ?)… De "saudade", quoi…

Ça sonne juste alors que ça parle de sentiments qu’on ne peut pas toujours expliquer clairement avec des mots. C’est très touchant. Bravo !
 

Par Sylvestre, le 31 mai 2016

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