Les jumeaux de Conoco Station

Dans l’Amérique rurale des années 50, deux jumeaux s’évadent de prison pour retrouver leur p’pa et leur m’man, ainsi que le type qui les a foutus en taule. Et aussi reformer leur groupe, le Conoco Jug Band, afin de participer au Grand Ole Opry, un concours de musique Country. Un programme chargé en péripéties pas banales !

Par Placido, le 18 mars 2010

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Notre avis sur Les jumeaux de Conoco Station

Après l’excellent Le Rêve de Meteor Slim, Frantz Duchazeau récidive chez Sarbacane pour notre plus grand bonheur, avec une histoire déjantée, celles des jumeaux de Conoco Station. Là où Le Rêve Meteor Slim nous plongeait au cœur du Delta du Blues des années 30, Les jumeaux de Conoco Station, eux, nous font visiter une Amérique des années 50 où la Country Music balbutie face à l’arrivée du Rock’n’roll et ses stars tels que Chuck Berry, Eddie Cochran et Bo Diddley.

Avant d’aller plus loin, il faut déjà savoir que l’un des atouts majeurs de cette BD n’est pas le scénario, mais l’ambiance. Les dialogues sont géniaux (souvent drôles, parfois absurdes), les personnages sont complètement barrés, foutus, et faisant immédiatement penser aux meilleurs des frères Coen. Entre des jumeaux débiles profonds (ils décident de s’évader de prison une semaine avant leur libération) et profondément dérangés (l’un devient incontinent lorsqu’il est contrarié, l’autre est obsédé par ses belles bottes) et un flic obèse, burlesque et pathétique, laissant supposer des tendances et pratiques sexuelles douteuses, je peux vous assurer qu’il se dégage de cet album une ambiance bien particulière. Et les autres personnages, plus secondaires, y participent aussi pour beaucoup avec notamment un barman minuscule ou encore les parents des jumeaux, presque amorphes plantés là pour le décor. Finalement, il n’y a qu’Oboz, troisième pilier du groupe qui semble plus normal et doté d’intelligence, et encore…

On va donc suivre principalement les jumeaux accompagnés d’Oboz, et occasionnellement du sheriff. Ce qui leur arrive n’est pas spécialement surprenant mais c’est la manière dont ils vont réagir et vivre les événements qui est intéressante. La scène du marais est très représentative et l’une des meilleures, bourrée d’absurdité, de pathétisme et de cruauté… Un mélange détonnant où ce qu’il s’y passe est loin d’être drôle mais où le comique est paradoxalement très présent. On va retrouver ainsi beaucoup de dialogues crus traitant de choses plutôt sales mais toujours avec un certain détachement, comme s’il s’agissait de banalités : par exemple leurs discussions autours des pratiques perverses sévissant au sein du commissariat n’ont pas l’air de les perturber plus que ça. On les suivra ainsi jusqu’à Nashville, au Grand Ole Opry, où Frantz Duchazeau nous réservera un final astucieux, un peu « débile », à l’image de cette petite troupe qu’est le Conoco Jug Band.

Côté dessin, c’est un vrai régal ! L’auteur utilise la même technique que pour Meteor Slim, un noir et blanc avec un effet « charbon » et c’est une fois de plus très réussi. Les visages des personnages dessinés en toute simplicité sont très expressifs et criant de vivacité, et les décors… les décors ! (maisons, paysages, voitures), très précis, sont splendides. L’artiste, travaillant sur un format se rapprochant plus de celui à l’italienne que d’une bd classique nous offre également quelques grandes planches à couper le souffle.

Vous l’aurez compris, Les Jumeaux de Conoco Station est une œuvre atypique qui plaira aux amateurs du genre et de l’artiste. Au plus haut de sa forme, sachant osciller entre dureté et légèreté et il nous livre une histoire sortie de derrière les fagots !

Par Placido, le 5 avril 2010

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