CHANT DU CYGNE (LE)
Déjà morts demain

1917, la guerre s’enlise tragiquement dans les tranchées. Les pertes humaines sont lourdes et les conditions de vie ou de survie sont atroces. Ecœurés des massacres inutiles, des hommes de troupe commencent à signer une pétition qui circule au front, dénonçant les assauts meurtriers et stériles.

Par olivier, le 24 juillet 2014

Notre avis sur CHANT DU CYGNE (LE) # – Déjà morts demain

Alors qu’ils reviennent d’un énième assaut meurtrier, la section du sergent Sabiane croise un autre peloton. Un rapide échange entre deux hommes de troupes et la pétition de la Cote 108 se retrouve entre les mains d’un des hommes du sergent.
Confrontés à un dilemme, doivent-ils ou pas signer la pétition, les hommes de Sabiane, l’archétype du sergent protecteur, bourru mais attaché à ses soldats sont partagés. Poussés par la fatigue et l’inutile horreur des combats mais retenus par la crainte des représailles car l’armée n’est pas une démocratie, ils vont se retrouver entrainés par des événements dont ils perdent rapidement la maitrise.

L’ambiance est rouge sang, les gueules aux expressions exacerbées rendent toute la violence physique et mentale subie par ces soldats poussés à bout. Le talent de Cédric Babouche explose les planches et son aquarelle accompagne les soldats, des assauts sous la mitraille à la route qu’ils vont prendre pour que la pétition sur la vérité des combats, soit délivrée à l’assemblée nationale et surtout révélée au à toute la société. Cette pétition est une bombe qui menace l’équilibre même du gouvernement.

Ecrit avec délicatesse et respect par Xavier Dorison et Emmanuel Herzet, les deux scénaristes ont composé un récit humain avec une intrigue tendue. Le parcours, presque désespéré, entrepris par ces hommes révèle en chacun d’eux une énergie formidable, au moment même où la dramaturgie des événements ne leur laisse plus que peu de choix
Chacun des personnages est conçu avec une justesse, une crédibilité qui leur donne une profondeur humaine chargée d’émotions.

Ces hommes ne refusent pas de se battre, ce qu’ils refusent, c’est l’inutilité de la boucherie. Bien que loin des états-majors, les rumeurs courent, les nouvelles circulent entre les hommes au gré des rencontres, et les esprits, échauffés par les conditions terribles de cantonnement en arrivent aux pires extrémités.
A cet égard, le parcours intellectuel du jeune lieutenant commandant le peloton est emblématique. Il va, peu à peu, se rapprocher de ses hommes, jusqu’à devenir le meneur du groupe avec le sergent Sabiane. Deux hommes qui étaient au départ totalement opposés à cette pétition et qui vont finalement se trouver au cour du maelstrom déclenché par un simple soldat révolté par les ordres suicidaires donnés par des supérieurs soucieux de satisfaire les politiques au pouvoir au mépris des pertes humaines.

Le Chant du Cygne est Une histoire humaine dans une page d’Histoire qui s’est inspirée des insubordinations de 1917. Les soldats, sans plus aucune illusion, ne supportent plus les sacrifices inutiles ni les mensonges de l’Etat-major. Le moral au plus bas entraine des de mouvements de colères, des refus de remonter en première ligne.
Dorison et Herzet, eux, emmène réellement leurs personnages jusqu’à la mutinerie.

Premier tome d’un récit empreint d’humanité, du refus du sacrifice inutile et surtout du mépris de la condition humaine de ces sacrifiés, le tout superbement orchestré et mis en scène. Une vision de la Grande guerre au plus proche de ces mutins dont on commence à peine à reconnaitre le bien fondé des motivations.

Par Olivier, le 24 juillet 2014

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