Kingdom Come

(Kingdom Come 1 à 6)
Superman, déçu par la violence de la nouvelle génération de héros, a décidé, depuis quelques années, de partir "en retraite". Pendant ce temps, le monde a progressivement continué de déraper sur la même pente. C’est lorsqu’un héros explose et provoque un nuage atomique, que Superman se rend compte, avec l’aide de Wonder Woman, combien il devient important de reprendre du service, d’autant que Luthor, dans l’ombre, reforme l’injustice league et que les choses ne font qu’empirer…

Par fredgri, le 23 janvier 2023

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Notre avis sur Kingdom Come

Si cette fameuse collection Urban Nomad s’avère être suffisamment rentable pour continuer l’aventure, qu’elle semble avoir trouvé son public et convaincu quelques réticents, elle ne cesse néanmoins d’intriguer par son format, par ses propositions axées majoritairement vers de la matière "mature readers", loin des premières intentions qui prônaient une accessibilité dirigée vers les lecteurs de mangas.
Toutefois, bien que dans certains cas, la lisibilité puisse s’avérer être un problème à dépasser, la plupart des projets proposés passent très bien l’étape de la réduction, démontrant, en effet que l’idée peut séduire, et pas seulement parce que els prix ne sont pas très élevés.
Ne souhaitant pas non plus complètement s’enfermer dans une présentation de séries Vertigo, Urban garde une partie des propositions Nomad tournée vers le DC verse et pas uniquement sur du Batman ! Ainsi, pour cette seconde fournée, nous avons droit au mythique Kingdom Come de Waid et Ross ! Un choix pertinent.

A la fin des années 90, le monde des comics est encore très marqué par l’impact Image Comics, ainsi que de toutes ces séries qui progressivement ont fait entrer le comics dans une ère plus violente et plus radicale.
Par le biais de Kingdom Come, Waid et Ross ont voulu mettre en abîme ce constat et la nécessité de revenir vers un comics peut-être plus sain. Néanmoins, il s’avère que Kingdom Come est assez violent aussi et surtout les solutions que proposent Superman et ses acolytes sont souvent tout autant expéditives que ce qu’ils critiquent, s’inscrivant ainsi complètement dans l’air du temps.

Mais l’impact de ce projet ne se limite pas qu’à ça, car Kingdom Come c’est aussi et avant tout une formidable mini série qui a définitivement installé Ross comme le peintre réaliste incontournable et qui a permis de se poser des questions sur les limites que pouvaient se donner à la fois les héros comme les vilains. On est dans du comics pro-actif pure souche, le monde doit s’adapter et les méta humains (traduire par "êtres qui ont des super-pouvoirs") doivent tout faire pour le pousser vers le haut.
C’est une sorte de Crisis post-90 mâtiné d’une pincée de Watchmen et surtout de beaucoup de fan-attitude, car Waid est une encyclopédie vivante, il connait l’univers DC sur le bout des doigts et KC est truffé de référence à tel ou tel personnage méconnu. Mais ce côté très référencé ajoute vraiment à l’impact de la démarche. En effet, le propos ne touche pas seulement un groupe de héros, mais un univers entier. Et c’est intéressant de voir qu’un scénariste avec une connaissance aussi pointue que Waid (comme avant lui Kurt Busiek sur Marvel) puisse prendre un recul aussi froid et désenchanté sur un univers qui a une telle histoire. D’un autre côté, plus qu’un univers, c’est une industrie aussi qui est remise en cause dans cette mini-série, une industrie qui montrait déjà les limites de sa propre redéfinition, une boucle sans fin qui allait quelques 10 ans plus tard l’entraîner dans une succession de reboots interminables et inutiles, mais qu’importe… !!!

De son côté, Ross prend visiblement plaisir à en rajouter des tonnes dans cette mini-série (précisons qu’il est quand même à la base du projet), les planches explosent, c’est très expressif et le talent de l’artiste est vraiment à son paroxysme.

En coulisse, on sait que les visions de Waid et de Ross se sont opposées, ce qui a ensuite mené l’un à faire sa suite et l’autre à donner sa version dans les JSA, au côté de Johns. Et ce clivage empêche peut-être le projet d’aller encore plus loin, qui sait !

Cette version Urban Nomad inscrit donc ce chef d’œuvre dans une histoire, un des jalons très importants du parcours de DC à l’approche des années 2000. Je ne saurais donc assez vous conseiller de vous laisser tenter et redécouvrir cette mini-série indispensable.

Par FredGri, le 23 janvier 2023

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