JE, FRANCOIS VILLON
Mais où sont les neiges d'antan

En ce XVème siècle, François de Moncorbier voit le jour. Peut-être fut-ce le jour où Jeanne d’Arc mourut, brulée vive. Signe funeste du destin, tout marmot il devint tragiquement orphelin et adopté par un bienveillant chanoine, il poursuit des études agitées à la faculté des arts de Paris.
La vie des étudiants de l’époque, loin de l’austérité voulue par le fondateur du collège est plutôt mouvementée. Boisson, rixes violentes et filles sont le quotidien de ces futurs clercs.
C’est le récit de ces premières années de Villon entre débauche, ripailles, scandales et rimes que nous conte Luigi Critone.

Par olivier, le 9 novembre 2011

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Notre avis sur JE, FRANCOIS VILLON #1 – Mais où sont les neiges d’antan

Que ceux pour qui le nom de François Villon évoque avant tout une chanson de Brassens laissent leurs illusions et la douceur chantée au vestiaire. Fort loin aussi du film mon oncle Benjamin de Molinaro,où Paul Préboist finissait suspendu dans la grande salle de l’auberge à déclamer la balade des pendus.
L’histoire que nous conte Luigi Critone, dessinateur des deux premiers tomes de la Rose et la Croix et de Sept missionnaires est un récit rude dont la seule légèreté est à rechercher dans la distanciation qu’ont les personnages face aux pires atrocités perpétrées par leurs contemporains.

S’il fut un temps destiné à devenir clerc, Villon ne le sera jamais. Dès son plus jeune âge il connait le pire de la vie, son père pendu, sa mère enterrée vive par la justice du Roi. Ne pouvant à l’époque suivre 15 ans de psychanalyse, François Villon se tourne vers la poésie et la vie de carabin, multipliant les plaisanteries de mauvais goût et les actes plus délictueux au grand dam de son tuteur qui ira jusqu’à se dénoncer à sa place et connaitra la paille humide et la vermine des cachots.

C’est une époque difficile, violente et crue que nous restitue Luigi Critone en adaptant le roman de Jean Teulé. On brule, on ébouillante les gens jusqu’à ce que mort s’ensuive, on coupe des membres, on fornique sans amour de grosses ribaudes peu appétissantes et Villon semble pleinement s’épanouir dans ce cloaque. Pourtant son caractère n’est pas aussi tranché qu’il y parait au premier abord, derrière l’étudiant débauché, provocateur et insouciant Luigi Critone laisse entrevoir une sensibilité qui se dissimule sous un vernis de fanfaronnade et de rébellion.

Il est difficile de séparer le récit du dessin tant les images extrêmement fortes soutiennent et donnent chair et sang à ces personnages de papier. Dans un Paris historique fort bien rendu, le trait s’attache avant tout à faire ressortir les émois des acteurs et la palette des émotions est large dans cette évocation de la jeunesse du poète. Le premier sentiment que l’on retient est celui d’une époque de violence et de cruauté, illustrée par la première planche exposant la fin de jeanne sur son bucher avant qu’on ne vienne balayer ses cendres pour les disperser dans la Seine. Mais la douceur est là, malgré tout, rendue avec une subtilité, une légèreté désarmante.

Celui qui restera dans l’histoire et la littérature française sous le nom de François Villon, inventeur de la poésie moderne, laisse derrière lui deux œuvres majeures, le Lais et Le testament dont les vers rythment le récit dont il s’inspire
On savait Critone grand dessinateur on le découvre aujourd’hui grand scénariste, mettant en scène étudiants et petites gens, bourgeois et clergé tels que les évoque Villon dans ses ballades.

De la grande bande dessinée …

Par Olivier, le 9 novembre 2011

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