En silence

Juliette et son copain Luis s’en vont faire du canyoning, ils sont sept à la finale, il y a Yann, le moniteur, Erika, son mari et leur deux petites filles.
Il est temps de se lancer, de se laisser emporter par les sensations, l’aventure ne fait que commencer… !

Par fredgri, le 30 mars 2013

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Notre avis sur En silence

Il y a des albums comme celui là qui demandent parfois de prendre plus de temps pour être abordés. J’avais voulu le lire à sa sortie, l’année dernière et cela n’avait pas fonctionné sur moi, à ce moment là. Que ce soit le graphisme de Audrey Spiry ou le rythme des pages, non, ça ne passait pas, j’avais fini par mettre de côté l’album sans même forcément me dire que j’allais un jour en reprendre la lecture ! J’étais passé simplement à côté !
Puis au hasard d’un rangement je retombe sur cette couverture, et pourquoi pas retenter le coup ?
Et là, c’est une révélation, étrange, je glisse d’une case à l’autre, les pages se suivent sans s’arrêter, je me retrouve dans la flotte avec les personnages, imbibé par les couleurs qui les entourent…

Car il faut préciser que cette lecture est avant tout une expérience sensorielle. Audrey Spiry transforme les courbes, les couleurs au grès des coups de vents, du froid qui enveloppe les corps, de la peur, de la joie, de tout ce que peuvent traverser les sept personnages de ce périple au cœur de la nature. Parce que l’histoire en elle même est assez basique, on suit une jeune fille qui décide, avec son copain, de vivre une expérience jugée extrême (encadrée tout de même) qui consiste a se laisser entraîner le long du courant d’une rivière qui serpente le fond d’un canyon. On se plonge dans des sensations pures, l’eau, le courant, les chutes d’eau, les cavernes et on réfléchit à la vie.

L’impression de se retrouver seul dans ce paysage loin de tout, et ce sentiment de danger omniprésent vont progressivement permettre à chacun de faire plus ou moins le point, confronté au silence de ses pensées les plus intimes. Juliette, par exemple, se demande si cela va continuer avec Luis. Être confrontée de cette façon à la vie dans son aspect le plus essentiel va lui permettre de faire le vide dans son esprit en se laissant submerger par le frisson de l’expérience qu’elle vit, cette nécessité de gérer le danger qui l’enveloppe, avec parfois même la nécessité de protéger les autres ! L’eau devient le catalyseur des émotions, sur l’amour, la solitude, la peur… Le récit nous plonge dans la cellule familiale, la mère, le père, le couple, le besoin de protéger…

On est donc tout d’abord surpris par cette cascade de couleur qui nous accueille dès les premières cases, puis on comprend très vite que ces couleurs, ces impressions sont en quelques sorte une "texture narrative", qu’elles amplifient la moindre des sensations que vont traverser les personnages. Une fois ce parti prit accepté c’est tout simplement sublime, cette faculté de faire ressentir le moindre coup de vent, ou un simple bain de soleil. Audrey Spiry utilise ainsi sa mise en scène avec énormément d’intelligence et de subtilité, transportant son lectorat dans les pas de ces sept protagonistes, nous tenant par la main pour nous concentrer sur l’essentiel. En plus, à la façon des personnages, cette lecture nous permet de se poser, de vivre cette expérience par procuration, d’avoir le sentiment d’être nous aussi allongé dans cette eau, à laisser aller les pensées !

Il s’agit donc là d’un incroyable moment de lecture.
Je découvre cette jeune artiste qui signe ici son premier album. Et même si je suis un peu dépité d’être passé aussi maladroitement à côté de ce petit bijou, la première fois, tant je reste encore marqué par ces pages, je vais surveiller son parcours à venir avec beaucoup d’attention, car ce qui va suivre risque d’être passionnant !

Merci pour ce voyage !

Par FredGri, le 30 mars 2013

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