Le dernier brame

En 1983, lors d’un festival littéraire, Claudine Chantecler a obtenu la dédicace de Bernard Chalenton, auteur à succès dont le roman intitulé Monsieur Blanche a fortement marqué son esprit. Depuis cette rencontre, Claudine, plongée dans un profond mutisme, a été internée dans un établissement spécialisé. Celle-ci n’arrive plus à se départir de l’univers construit par l’auteur. Toutefois, aujourd’hui, elle reçoit la visite de sa fille Colette qu’elle n’a pu élever. Cette dernière, totalement prise au dépourvu par la psychose de sa mère, décide pour la satisfaire de rentrer dans son jeu en se lançant dans l’écriture d’un roman. C’est à partir de cette initiative au demeurant charitable que Colette et de surcroît sa mère vont inopinément faire réapparaître dans leur vie Bernard Chalenton, romancier en manque d’inspiration à la personnalité manipulatrice et au passé des plus troubles.

 

Par phibes, le 5 novembre 2011

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Notre avis sur Le dernier brame

Après une escapade dans le Grand Nord Canadien (Le jardin des glaces), Jean-Claude Servais revient sur les terres qu’il affectionne tout particulièrement puisqu’elles lui sont propres, à savoir les Ardennes belges. Ce décor familier lui permet d’asseoir à nouveau un thriller psychologique reposant cette fois-ci sur une crise familiale auréolée d’une thématique littéraire prononcée.

Le récit a indubitablement son intérêt de par l’intrigue dramatique que l’auteur met en place portée, en parallèle d’une évocation animalière (celle du cerf qui prendra progressivement sa justification), par des personnages à la personnalité subtilement étudiée. Du trouble psychologique de Claudine aux agissements emportés de Clara en passant par la perversion de Bernard, Jean-Claude Servais nous assure de quelques bonnes surprises qui tendent à nous plonger dans un jeu de rôles trouble où les apparences sont trompeuses, où la manipulation est de mise et qui ouvre la porte sur des secrets inavoués.

Pour bien camper son histoire, conforter la présence des "fantômes de la forêt" et surtout affiner les personnalités de l’écrivain Chalenton et de Colette, Jean-Claude Servais s’est appuyé sur le travail de trois romanciers amis issus de sa "belle province" (Alain Bertrand, Frank Andriat et Jean-Luc Duvivier) et sur leurs ouvrages. A ce titre, s’il ne fait aucun doute sur les aptitudes de ce trio, il est dommageable que Le dernier brame fasse appel à de trop nombreux extraits de leurs œuvres. Bien que l’on comprenne que ces derniers sont de nature à modeler les ambiances de la fiction et peuvent être un appel du pied pour une lecture complète, cet emploi a tendance à freiner le récit et à noyer le lecteur dans une prose préjudiciable.

Au niveau du dessin, il ne fait aucun doute que Jean-Claude Servais a énormément de talent. Les dessins qu’il réalise en cet ouvrage (comme d’ailleurs dans les précédents) sont un véritable appel au voyage. Le choix des instantanés et l’authenticité, l’harmonie de son trait mettent bien en évidence la beauté de la région dont il est l’habitant privilégié. Ses personnages sont superbement croqués et leur beauté expressive est une incitation réelle à les suivre. De même, les décors, tel le château de Chalenton ou la forêt ardennaise, sont du plus bel effet. Bien sûr, on ne peut que saluer le travail de Guy Raives, fidèle du dessinateur, qui nous assure d’une colorisation époustouflante, réaliste, chaude et bigarrée.

Un one-shot somme toute entreprenant sublimé par une partie graphique enchanteresse.

 

Par Phibes, le 5 novembre 2011

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