Enquête sur les années de plomb de la Ve République

Dessinateur :


Scénaristes :



Éditions :

Futuropolis

Genre :

Documentaire

Historique

Noir et Blanc

Politique

Sortie :
ISBN : 9782754810852

Résumé de l'album Enquête sur les années de plomb de la Ve République

Etienne Davodeau, auteur de bande dessinée, et Benoît Collombat, grand reporter à France Inter, reprennent l’enquête sur le meurtre du juge Renaud, survenu le 3 juillet 1975. Cette affaire n’a jamais été résolue. Et pour cause, elle aurait gêné beaucoup de monde, notamment parmi les hommes politiques de l’époque. Il faut dire que le juge soupçonnait que certains hold-up réalisés par des malfrats ne finançassent des partis politiques ! Et lorsque l’on sait que l’ombre du Service d’Action Civique (SAC) plane aussi sur l’affaire…

C’est également le cas du meurtre du ministre Robert Boulin, assassiné le 30 octobre 1979.

Deux affaires emblématiques de la violence de l’époque, un temps où le « cher pays de notre enfance » voyait politiciens et gangsters manger à la même table.

Par Legoffe, le 26/12/2015

Notre avis sur l'album Enquête sur les années de plomb de la Ve République

C’est une enquête édifiante que Davodeau et Collombat publient sous forme de bande dessinée. Car il s’agit bien d’un véritable documentaire, de témoignages multiples recueillis par les auteurs. En nous replongeant dans ces deux affaires de meurtres, ils nous dépeignent les années de plomb de la Cinquième République avec force de détails qui permettent de mieux cerner le contexte politique de l’époque.

Il m’aura fallu ce livre pour m’intéresser à ces faits, et mieux les comprendre. Ce que nous apprenons est sidérant, tant d’un point de vue de l’inefficacité de la justice de l’époque que des liens qui unissent un certain nombre de politiciens avec le grande banditisme. Derrière la mort du juge Renaud et celle du ministre Boulin, nous découvrons les soubresauts d’un système né dans l’instabilité de l’après-guerre et qui va perdurer jusqu’au début des années 1980.

Les informations sont nombreuses et précises. Elles ont d’ailleurs permis, tout récemment, à la justice de rouvrir l’enquête sur la mort de Robert Boulin.

Cette bande dessinée en noir et blanc rappellera, bien sûr, le style graphique de l’album « Les Ignorants », du même Davodeau (une BD sur le vin, une de mes meilleures lectures en 2011). Outre une pagination encore plus dense ici, la construction du livre est aussi différente. Le très bon dessin de l’auteur immortalise les témoins et tente de retranscrire les faits de l’époque.

Le parti pris de dessiner les entretiens un par un, chronologiquement, permet de n’omettre aucun détail sur les éléments racontés par les témoins. En revanche, cela présente l’inconvénient de rendre le livre particulièrement chargé en informations, qui arrivent en vrac. Le lecteur doit donc faire preuve de concentration, de mémoire et d’esprit de synthèse pour conserver l’essentiel de ces affaires. L’ensemble est donc moins fluide que dans les précédents albums de Davodeau et il vous faudra vous accrocher un peu pour arriver au bout.

Cela n’en reste pas moins un document particulièrement intéressant. Celui qui lira ces pages sera estomaqué par les faits qui sont racontés. Il prendra aussi peut être plus de recul pour prononcer dorénavant les sempiternels « tous pourris » que les gens lâchent facilement à propos de nos personnages politiques actuels. Certes, ce milieu compte toujours quelques brebis galeuses, comme dans toutes les professions et toutes les strates de la société, mais on est loin, très loin du système vérolé et mafieux de l’époque. A un détail près : certains personnages cités dans le livre sont encore vivants, voire actifs. On peut citer notamment Jacques Chirac ou Jacques Toubon, deux personnes à qui cette enquête ne fera pas forcément plaisir… Vous saurez pourquoi en vous plongeant dans des faits qui, 40 ans plus tard, dérangent toujours, sans doute parce que certains de ceux qui ont du sang sur les mains sont encore de ce monde. La mémoire a heureusement la vie dure, plus dure que le mot « affaire classée ».

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