LES ANNÉES ROUGE ET NOIR
Agnès

Alors que les Alliés se rapprochent de Paris, les habitants de la capitale se soulèvent contre l’occupant nazi.

Pour différentes factions de résistants, une véritable course contre la montre commence. Toutes veulent s’emparer des fameuses fiches mécanographiques fabriquées par Bull et utilisées par la police. La Résistance sait qu’elle peut ainsi récupérer des données précieuses sur toutes les personnes fichées, quel que soit leur camp.

Le gouvernement de Vichy est bien conscient de l’enjeu que représentent ces documents. Certains de ses représentants tentent de fuir avec une partie des fiches. Le reste est encore à la Préfecture. Chacun sait qu’il doit les récupérer car elles sont quasiment l’histoire de la Collaboration.

Agnès Laborde, résistante de longue date, en sait quelque chose. A cause de sa fiche, elle a dû collaborer avec Bacchelli, un proche du gouvernement vichyste, sous peine de finir en prison, voire pire. Mais, sans le savoir, cela va la pousser à commettre l’irréparable.

Par legoffe, le 25 avril 2016

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Notre avis sur ANNÉES ROUGE ET NOIR (LES) #1 – Agnès

Deux grands de la bande dessinée moderne s’associent pour signer une nouvelle saga politico-historique : Pierre Boisserie et Didier Convard, pas moins ! Ils s’attaquent, ensemble à l’adaptation du roman éponyme de Gérard Delteil (Editions du seuil), ce qui n’est pas la moindre des affaires. L’écrivain a, en effet, développé un roman complexe, qui raconte les intrigues politiques qui vont faire la France des Trente (pas toujours) Glorieuses. Lutte contre le communisme, réintégration de collabos, manoeuvres au coeur de la réforme de l’Etat, dérives mafieuses du SAC… rien ne va vous échapper dans cette série.

Mais n’allons pas trop vite. Pour l’instant, nous sommes dans le Paris de la fin de la Seconde Guerre Mondiale. Plusieurs personnages sont mis en avant, mais tous tournent finalement autour d’une femme clé, Agnès Laborde, une résistante influente, mais qui a été piégée par un vichyste particulièrement malin. De là vont découler plusieurs événements qui vont aller de la petite à la grande Histoire.

Si l’on connait les rivalités des différentes factions de la Résistance, ce livre est l’occasion de les vivre vraiment de l’intérieur. Le lecteur suit les intrigues qui secouent la libération de Paris et ce à tous les niveaux. Simples sympathisants ou grands pontes politiques, chacun tente d’avancer ses pièces dans un jeu d’échec dont les coups peuvent assurer la vie comme apporter la mort.

Le point d’entrée de l’intrigue, les fameuses fiches issues de la mécanographie (sorte d’ancêtre de l’informatique), est une excellente idée car il permet de revivre cette époque à travers un fil conducteur peu exploité jusqu’à présent.

Cela donne un récit dense, où l’on voit progresser différents personnages, tout en croisant régulièrement Agnès, dont la situation va en se compliquant au fil des pages.

Cette BD est très intéressante pour mieux comprendre cette période historique. Elle fourmille de détails qui rendent ce thriller particulièrement réaliste. Paradoxalement, ce souci de la précision et le nombre important de protagonistes ne permettent pas de dégager un réel charisme de la part des différentes personnages. Il manque, dès lors, un petit supplément d’âme pour rendre le récit parfait.

Nous plongeons, en tout cas, avec étonnement, et parfois dégoût, dans les coulisses pas toujours reluisantes du pouvoir, qui se construit et se déconstruit au gré des tremblements de la république française.

Le style graphique de Stéphane Douay, et la palette de couleurs de Marie Galopin, illustrent très justement cette ambiance sombre et terne. Le trait du dessinateur est efficace même s’il manque un peu de détails. Son découpage est classique, mais il fonctionne bien, d’autant que la multitude des scènes et des dialogues représentait un véritable challenge pour Douay.

Les auteurs livrent une nouvelle série historique dense, qui ne révolutionne pas le genre, mais qui vous permettra de revivre avec force de réalisme les trente années qui vont forger la France d’aujourd’hui.

Par Legoffe, le 25 avril 2016

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