1942. Leningrad est assiégée par les Allemands. La population lutte de toutes ses forces pour survivre, mais le froid et la faim sont comme des ennemis invisibles qui eux ont réussi à investir la ville. Le moral des gens est au plus bas. Leurs jours sont comptés...
Seul rescapé d’un commando ayant traversé les lignes nazies et réussi à entrer dans Leningrad, le caporal Nikodim Vlakov est accueilli par des militaires russes bien dubitatifs : sa mission d’apporter dans la ville une simple partition de musique méritait-elle vraiment qu’il se voie aussitôt élevé au grade de lieutenant ?!? C’était quoi, cette blague ? Staline se moquait-il ouvertement de Leningrad et du sort auquel elle semblait être promise pour envoyer ce papier plutôt que des renforts militaires ?!
Les assiégés allaient pouvoir en juger par eux-mêmes en écoutant la septième symphonie en ut majeur tout juste terminée par Dimitri Chostakovitch...
La seconde guerre mondiale nous est racontée dans toutes ses grandes largeurs depuis qu’elle a cessé. Et c’est très bien... Les gens ont besoin de connaître l’Histoire de leur pays. Mais à force d’en entendre, d’en voir et d’en lire, on a parfois l’impression que parmi les redites, on n’a plus grand chose à apprendre de plus... Erreur !!!
"Mondiale, qu’on l’a eue, nous, la guerre !", comme disait Coluche dans son sketch du patriote. Avec la planète entière comme théâtre, il est en réalité impossible d’avoir fait le tour de cette guerre, d’en avoir appréhendé les faits et les conséquences partout dans le monde et jusque dans les plus petits recoins (qui, pour ceux qui en ont souffert, sont sans doute plus des béances saignantes que de simples recoins). Et c’est ça qui est... euh... "positif" dans cet après-guerre : le fait que la lumière puisse encore et toujours plus être faite. Alors parfois, ce seront des atrocités qui seront "remontées". Certes. C’est inévitable. Mais parfois aussi, ce sont des événements positifs qui nous sont arrachés aux griffes de l’oubli.
Lutte majeure répond à ce deuxième cas en nous contant une "histoire dans l’Histoire" si anecdotique qu’on peut penser que jamais on n’en aurait rien su si les événements n’avaient pas tourné de la même manière pour Leningrad et sa population. Le scénariste Céka et le dessinateur Borris rejouent en effet pour nous une page du long siège qu’a subi l’actuelle Saint-Pétersbourg et réussissent à nous faire communier avec les assiégés le temps de quelques notes de musique, lors d’un concert dont l’organisation nous est reconstituée romancée.
Lutte majeure, dont le titre fait habilement référence au nom de la symphonie de Chostakovitch dont il est question, est traitée graphiquement de manière "animalière" : les personnages, bien qu’ils représentent des humains, sont pourtant dessinés comme des animaux. Ce choix ne semble pas trouver de justification dans par exemple des différences qui auraient ainsi été marquées entre les protagonistes du conflit (cf. Maus ou Cat Shit One), mais c’est un choix ne posant en tout cas pas de réel problème d’immersion pour le lecteur : le récit n’étant pas une fiction et nous intéressant hautement pour cela, rien probablement n’aurait su nous dissuader de le lire ; et sûrement pas un graphisme original.
La petite question en marge de l’Histoire qu’on pourra peut-être se poser après lecture est relative à la vertu que les auteurs attribuent à ce concert. Même si avec du recul, cette vertu est indéniable et le coup de poker de Staline gonflé mais habile. Parce que comme le lecteur est au centre de ces personnages qui vivent l’événement et le rendent possible, on a l’impression, par extension, que la totalité de la population de Leningrad toute entière est actrice. Ce qui évidemment n’est pas le cas : tout le monde à l’époque n’est pas dans cette ville forcément proche des militaires concernés ou des membres de l’orchestre. Mais c’est justement ce côté "rassemblement spontané", ce côté "lutte désespérée avec arme symbolique" qui ressort ainsi de la BD ; et qui fait de ce fameux soir du 9 août 1942, pour Leningrad, un moment où tout s’est joué.
C’est intéressant et beau. C’est le type d’histoire qu’on aimerait entendre encore et encore ; c’est comme une fleur poussant sur des gravats... Et c’est à découvrir dans la collection KSTR des éditions Casterman.
Interview de HANT1S3 à l'occasion de la sortie du T2 d'EGOVOX
Par sbuoro en janvier 2008
Sceneario.com : Bonjour ! Pourriez-vous vous présenter et nous dire qu'est et comment est né le projet Hynnner vs Hant1s3 ?
HANT1S3 : Bonjour. Je me nomme HANT1S3, je suis le concepteur du Projet. "HYNNNER Vs HANT1S3" (prononcer Inner Versus Hantise), est l’aboutissement de 19 ans de projets musicaux.
L’origine est un projet de 1989 à l’origine duquel on était, Yigaël (NDR : le dessinateur de la série Egovox)...
Interview
Interview de Yigaël et Céka, les auteurs de la série EGOVOX
Par Sbuoro en juin 2006
Sceneario.com : Bonjour Céka, bonjour Yigaël. Avant de faire de la bande dessinée, Céka, tu travaillais dans la publicité : tu nous l’as déjà dit lors de notre récente interview pour la sortie du Procès. Et puis un jour, après avoir pris tes repères dans le monde de la BD, tu as décidé de te lancer. Yigaël, toi, tu sors par contre d’une école de dessin. Parle-nous un peu de toi, avant tout, histoire que l’on te connaisse un...
Interview
Interview de CLOD et CEKA, les auteurs du PROCES
Par Sbuoro en mars 2006
Sceneario : Avant tout, je tiens à vous remercier pour la disponibilité que vous avez affichée en acceptant très rapidement ce petit jeu de l’interview ! C’est toujours un plaisir quand les auteurs savent être proches de leurs lecteurs en n’hésitant pas à prendre un peu de leur temps pour leur en dire plus. Alors, Clod, Céka, racontez-vous un peu, en quelques mots, histoire de mieux savoir d’où vous venez, et quel chemin vous avez parcouru avant la sortie de votre BD...